[Critique] BABY DRIVER de Edgar Wright (2017)

NOTE : 8,5 / 10

« T’es chauffeur ou balance ? »
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Éloigné des tracking marketing des studios après son surprenant clash avec Marvel pour Ant-Man, Edgar Wright ressuscitait dans son coin un autre de ses projets qui lui permettrait cette-fois d’être en pleine possession de ses moyens. Il revient pied au plancher avec BABY DRIVER, film d’action supersonique convoquant une multitude d’autres genres. Éreintant…mais tellement exaltant !
Solitaire, taiseux, ses lunettes de soleil et ses écouteurs d’Ipod vissés aux oreilles pour calmer ses acouphènes, Baby est un as du volant. Recruté par la mafia pour son efficacité à toute épreuve, ce personnage énigmatique au visage d’ange est chargé de conduire des braqueurs afin de d’honorer une mystérieuse dette auprès de Doc (impérial Kevin Spacey). Alors que la fin de leur alliance se profile, il va se retrouver malgré lui au centre d’un dilemme mettant en jeu la vie de son entourage.
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« One last job ». Pour son premier film américain, l’auteur de Scott Pilgrim s’empare du film de braquage avec tous ses principes pour à nouveau booster le genre de l’intérieur grâce à sa signature hybride et pulp. Peut-être frustré par tout l’aspect atmosphérique de Drive mais sans doute galvanisé par l’incroyable énergie cinétique de Mad Max : Fury Road, le cinéaste britannique « fusionne » en quelque sorte ces deux procédés pour emballer un métrage détonant et protéiforme.
Fidèle à ses motifs référencés qui le constituent en tant que cinéphile mélomane, Wright propose en effet au spectateur une expérience cinématographique pure et audacieuse. Par le prisme de la musique comme principal vecteur, conjugué à un découpage et un montage puissant, tous ces catalyseurs ultra-sensitifs permettent à Wright de créer un maelström d’images et sons autour de son héro. Avec une telle approche de mise en scène mêlant les genres, réinterprétant en temps réel ses codes, expérimentant les formes, manipulant sans cesse les tonalités ou le tempo des scènes de dialogues, Baby Driver agit physiquement sur le spectateur. Une maîtrise formelle rare pour un objet filmique qui secouera un public sans doute plus habitué aux blockbusters impersonnels qu’à une vraie proposition de cinéma stimulante. Surtout, le réalisateur ne se repose pas uniquement sur son « concept » puisqu’il ne perd jamais de vue ce qu’il a à raconter quant à la trajectoire de Baby et en premier lieu sa très jolie romance naissante avec Deborah (Lily James). Tout fait sens, tout y est organique.
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D’ailleurs, qu’il s’agisse là d’une histoire simple et directe, Edgar Wright n’hésite pas à en chahuter la narration en faisant preuve d’une impressionnante virtuosité. Ne laissant aucun répit au médium ou à chacun des personnages (Jamie Foxx y est terrifiant), remettant constamment en cause les enjeux, le film reste d’une extrême limpidité malgré la richesse de tout ce qu’il convoque. Du coup, puisqu’il est question de chorégraphie et de synchronisation de tous les instants, Baby Driver se positionne désormais comme l’un des nouveaux référents d’un cinéma d’action original, populaire, euphorisant, bourré de scènes déjà cultes brillamment pensées et exécutées. Quel pied !
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Réalisé par Edgar Wright (avec Ansel Elgort, Kevin Spacey, Lily James, Jon Bernthal, Eiza Gonzalez, Jon Hamm, Jamie Foxx). Long métrage : Américain. Genre: action / musicale. Durée: 113 min. Année de production: 2016. Distributeur: Sony. Sortie: 19 Juillet

Images : © Sony Pictures

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