[Critique] WONDER WOMAN de Patty Jenkins (2017)

NOTE : 2 / 10

« Je ne laisserai pas mourir des innocents »
– Critique sans spoilers –
Après ses quelques scènes dans le monde nihiliste de Batman V Superman en vue de la Justice League, Wonder Woman bénéficie – enfin – de sa propre aventure cinématographique. LA vraie réussite du DCEU ? Pari gagné ? Non. Toujours pas.
Direction « Paradise Island », ou plus précisément Themyscira, terre édénique des Amazones protégée des Hommes où la jeune Diana (Gal Gadot) apprend secrètement l’art de la guerre. Lorsque l’espion Steve Trevor (Chris Pine) s’écrase sur l’île, elle va alors s’embarquer avec lui sur le front de la guerre de 14 persuadée que le dieu de la guerre Arès en est l’auteur.
***
Couronné de critiques ultra-enthousiastes pour son aspect purement progressiste, le film de Patty Jenkins (Monsters) est non seulement très hypocrite mais surtout, un IMMENSE pétard mouillé dans son argument marketing. Arrivée en catastrophe sur le projet, la réalisatrice hérite en effet d’un objet censé être un geste féministe politiquement fort pour faire bouger les mentalités. En réalité, le symbolisme qu’il véhicule se vautre dans tous les sens. Pire, il est profondément embarrassant pour les femmes qui devront s’identifier à un tel personnage iconique. On en veut pour preuve cette première scène de rencontre entre nos deux héros où la fille de Zeus reste interloquée par la taille du pénis de Steve Trevor. Une séquence révélatrice du niveau d’écriture du reste du métrage…
Car dès qu’elle se retrouve à vadrouiller dans notre monde (déchiré par la guerre), Wonder Woman, a priori érudite, se voit dans la foulée caractérisée par…un comportement d’ingénue. Une tonalité manichéenne au ras des pâquerettes afin de ne froisser personne et dont les quelques vannes / situations sexistes qui en découlent nous font soit lever les yeux au ciel, soit soupirer d’énervement. Totalement axé sur ce point de vue naïf (un cœur pur très mal incarné par Gal Gadot), le film veut se positionner comme un contre-pied léger et sincère dans son récit, mais est complètement vain dans les faits. Et à moins d’être pleinement passif, on se demande bien comment peut-on souscrire à autant de vide ?
Ce ne sera pas non plus du côté de la réalisation qu’il faudra y trouver son compte. Tour à tour kitsch, laid et brouillon dans ses quelques scènes d’action, Wonder Woman aligne une direction artistique d’une remarquable banalité (du sous-sous Zack Snyder) par des ralentis datés, une photo encore grise ou des incrustations véritablement indécentes pour une superproduction à 150 millions de dollars ! Alors oui, on pourra reprocher tous les maux du monde au metteur en scène de Watchmen / Man of Steel / Batman V Superman / Justice League, ce dernier SAIT au moins filmer le spectacle en question et faire sien le matériau DC.
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Très surcoté, Wonder Woman n’est ni plus ni moins qu’un simili produit Marvel: pénible, sans âme avec ses personnages manquant de relief et tapissé d’un humour basique. Reste l’alchimie entre Chris Pine et Gal Gadot qui fonctionne correctement au sein d’un film préférant capitaliser sur une formule sans aucune prise de risque. Ok, l’héroïne et ses nobles valeurs humanistes qu’elle porte ont enfin droit à une vitrine d’envergure qui peut, malgré tout, sensibiliser un certain public. Très bien. Mais à quel prix pour les plus attentifs ? Si Patty Jenkins est à la tête dudit blockbuster, ce qui dans le marché actuel est à saluer, on regrettera qu’elle ne soit finalement qu’un prétexte purement marketing. En effet, son soi-disant regard d’auteure aurait dû élever les motifs du personnage emblématique de la Trinité plutôt que de la réduire à une succession d’attitudes simplistes.
Quant aux autres films mettant en scène des héroïnes fortes de comics, n’oublions pas Elektra (Jennifer Garner) ou Catwoman (Halle Berry). Mais comme ces métrages ne resteront pas dans les mémoires des meilleures adaptations, il est bien plus correct de se dire qu’ils n’ont jamais existé. Évidemment…
[Toutes les news sur le film : ici]
Réalisé par Patty Jenkins (avec Gal Gadot, Chris Pine, Connie Nielsen, Robin Wright, Danny Huston, David Thewlis, Saïd Taghmaoui). Long métrage: Américain. Genre: Action, Aventure, Fantastique. Durée: 140 min. Année de production: 2016. Distributeur: Warner Bros. Sortie: 7 juin 2017

Images : © Warner / DC

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