[Double Critique] ALIEN : COVENANT de Ridley Scott (2017)

NOTE : 7 / 10

« Toute découverte exige des sacrifices »

L’avis de Thomas :

A la fois suite directe de Prometheus (2012) et véritable (premier) préquelle du film originel de 1979, Alien Covenant poursuit – en partie – son récit sur les origines du Xénomorphe. Une chose est sûre, ce nouvel opus ne suscitera toujours pas l’emballement collectif. Et c’est bien dommage tant ce que le cinéaste de 79 ans a entrepris de narrer quant à sa / ses créatures ‘bio-méchanoïdes’ est passionnant et réfléchi.
En effet, plutôt que de réitérer le précepte unique en son genre de l’angoisse sourde et viscérale, Ridley Scott (Cartel, Exodus, Seul sur Mars) prend le parti d’une approche encore plus frontal et mystique. N’allez surtout pas croire qu’il cède à la facilité. Au contraire, il se (re)ssaisit pleinement du mythe insidieux qu’il a créé autour de son mystérieux monstre pour confectionner un véritable processus de mutation cinématographique des canons la franchise.
Comprendre par qu’Alien Covenant est un pur film ‘Scottien’, aussi bien dans la noirceur mortifère qu’il dégage que les thématiques vénéneuses et complexes qu’il approfondi. « Prometheus est né de ma frustration après les trois films post- Alien qui ont suivi. Personne n’a essayé de répondre à la question ‘Pourquoi l’Alien, qui l’a créé et pourquoi ?’. J’ai donc imaginé Prometheus, qui propose un début de réponse sur l’identité du créateur et d’où vient la créature », déclarait le cinéaste en 2015 qui n’a jamais caché son inimitié pour la version de James Cameron (Aliens). Libre à chacun de ne pas souscrire à cette note d’intention, même d’estimer que cette nouvelle trilogie de préquelles tue la ‘mythologie’ et donc tout le mystère horrifique entretenu jusqu’alors par sa singularité. Parfait. Mais ce serait mal connaître Ridley Scott dont la démarche de se réapproprier pleinement le ‘Alienverse’ fait sens depuis le début. Pour le réalisateur de Blade Runner, derrière la teneur angoissante de son premier film, se cache une réflexion de pure S.F bien plus vaste, notamment celle de l’intelligence artificielle en premier lieu. Cette notion encore plus prégnante ici, pas forcément à la portée de tous, peut effectivement décontenancer une partie du public d’aujourd’hui sans doute venu vivre un simple moment de frisson en salles (cf : le consternant Life). Non, Ridley Scott est au-dessus de ça et assume totalement son plaidoyer nihiliste de l’homme supplanté par sa propre création.
Récapitulons: Malgré ses gros défauts de narration, Prometheus se penchait sur le Space Jockey (Les Ingénieurs créateurs de la race humaine) et un début d’origine du Xénomorphe via la manipulation / transmission d’un pathogène extraterrestre par le droïde David. Ce dernier, tout comme Ash (Ian Holm) en 1979, élément pivot du récit, est clairement celui derrière lequel le cinéaste se range désormais. Personnage humanoïde obscène jusqu’au boutiste, toujours fasciné par l’humain, sa soi-disante supériorité, ses capacités créatrices, son libre arbitre, sa destinée, sa sexualité ou encore sa génétique…David fait maintenant face à Walter (toujours parfait Michael Fassbender), son double cybernétique lui aussi chargé de veiller sur l’équipage d’une nouvelle mission de colonisation.
Se situant dix ans après les événements de PrometheusCovenant débute donc sur le même archétype que ses prédécesseurs: un mystérieux signal sort l’équipage de son hyper-sommeil pour se rendre sur une planète inconnue présentant un écosystème semblable à celui de la Terre. Sur place, les scientifiques vont se retrouver face à un nouveau pathogène ravageur puis une menace alien des plus féroces. Avec une différence capitale: une séquence de dialogue entre Walter et son créateur Peter Weyland (Guy Pearce) en guise d’ouverture permettant ainsi de contextualiser la tonalité philosophique sincère du métrage dans laquelle on y évoque les Dieux et leurs créations se soulevant les uns contre les autres par cupidité et vanité. Étonnant.
Cependant, même avec un tel axe qui aurait dû infuser tout le propos du film, Ridley Scott trébuche à vouloir justifier grossièrement la supériorité mécanique en injectant dans la bouche de David des citations issus des plus importantes créations artistiques (« Le Paradis Perdu » de Milton ou « L’Or du Rhin » de Richard Wagner). Et les Dieux, tiens. Même si on adhère à leur tragique destin, on regrettera que les fameux Ingénieurs se voient finalement ainsi expédiés via un vulgaire flashback. Mais plus embarrassant encore, les personnages sans aucune réelle caractérisation, stupides dans leurs actions, quasiment tous envoyés à la mort de façon arbitraire et passant du coq à l’âne dans la foulée…Bref tout un tas de gros défauts d’écriture nous sortant trop souvent du récit. Reste la maîtrise formelle du réalisateur grâce à une nouvelle mise en scène nerveuse, une montée en tension souvent puissante et une violence graphique radicale, notamment dans les différents cycles de formation des Neomorphs puis des Xénomorphes.
Vous l’aurez compris, tout comme Prometheus, Alien Covenant souffre encore d’un manque d’identité forte. Non pas dans ses thématiques de plus en plus éloquentes, ses symboles ou sa formidable tonalité funeste, mais bien par son rendu global dont les nouvelles multiples failles scénaristiques sont véritablement impardonnables. On attend néanmoins la suite de l’auteur avec impatience.

NOTE : 4 / 10

L’avis de Pierre :

Dix ans après les événements survenus dans Prometheus, la compagnie Weyland poursuit ses désirs d’expansion. Elle affrète le Covenant, gigantesque vaisseau-colonie dépêché à travers les étoiles pour rejoindre une planète pouvant potentiellement abriter la vie. Mais en chemin, un mystérieux signal de détresse vient troubler les ordres de mission… 
Ainsi débute ALIEN COVENANT, reprenant peu ou prou les bases du film originel – un vaisseau  traversant l’espace, un équipage en sommeil cryogénique, une transmission indéchiffrable venant d’un monde inconnu, une tentative de sauvetage – mais la comparaison s’arrête là, car bien qu’il tente maladroitement de raccrocher les wagons avec Alien premier du nom, Covenant est par bien des aspects le fils spirituel de Prometheus – dont il abandonne pourtant toutes les grandes idées.
En effet, fidèle à son prédécesseur, Covenant est très fort pour aborder de grandes thématiques sur l’humanité et la création, tout en se gardant bien de les approfondir, préférant répondre aux sirènes du divertissement générique, voire du bête recyclage… Scott parodie presque son chef d’oeuvre de 1979 en reprenant des idées de mise en scène ici totalement malvenues.
Une fois encore, si quelques personnages apparaissent d’emblée comme intéressants (le trio Michael Fassbender, Katherine Waterston et Billy Crudup), comme dans Prometheus, la narration les enferme à nouveau dans des comportements incohérents, à faire hurler les scientifiques dans la salle. Comment s’étonner de les voir tomber l’un après l’autre, affectés par un mal infectieux, lorsqu’ils débarquent sans protection sur une planète inconnue abritant potentiellement des virus étrangers ? Le cinéaste les précipite à la chaîne vers la mort souvent de la manière la plus absurde possible.
Et si chaque film de la saga Alien apporte un regard différent, y compris plastique, à l’univers global, Covenant affiche malgré tout une pauvreté en terme de design encore jamais vue dans la série. Décors de forêt et architecture extraterrestre d’une immense banalité, vaisseau générique, costumes et armement sans personnalité – bref – le film ne restera clairement pas dans les annales pour ses images.
Finalement, le seul et unique point qui intéresse réellement Ridley Scott, c’est le destin de son duo d’androïdes : Walter, nouveau modèle, et David, survivant du Prometheus. Tout le reste passe à la trappe : les Ingénieurs, Elizabeth Shaw, l’Alien lui-même, les nouveaux personnages, etc…Seul le rapport de David vis à vis des créatures et de la mythologie bénéficie d’un approfondissement qui, à l’image des Ingénieurs de Prometheus, vient détruire à coup de massue les mystères du film originel. Monstre de Frankenstein moderne surpassant son créateur, le droïde constitue désormais le point central de toute la saga, quitte à mettre au placard les thèmes du film précédent. Alors, pourquoi pas me direz-vous ? Mais encore faudrait-il savoir le traiter et pas seulement l’évoquer à grand renfort de références littéraires balourdes. Ridley Scott savait tellement mieux faire dans Blade Runner
Peu ou pas de nouvelles idées donc, pas de sentiment de peur ou de surprise non plus, Alien Covenant est aujourd’hui un blockbuster de studio à peine au dessus de la concurrence, étouffant une poignée de très bons éléments dans un enchainement de bêtises et d’absurdités.
[Toutes les news sur le film : ici]
Réalisé par Ridley Scott (avec Michael Fassbender, Katherine Waterston, Billy Crudup, Danny McBride). Long métrage: Américain. Genre: Action, Horreur. Durée: 122 min. Année de production: 2016. Distributeur: 20th Century Fox. Sortie: 10 Mai 2017

Images : © 20th Century Fox / Scott Free

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