[Critique] KONG : SKULL ISLAND de J.V-Roberts (2017)

NOTE : 2 / 10

« Quand on arrive chez quelqu’un en larguant des bombes, on cherche la bagarre »
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Ah, la sérialisation à n’en plus finir des produits franchisés au cinéma…Outre la guéguerre Marvel / DC ou encore l’Universal Monsters relancé via l’immonde Dracula Untold et La Momie à venir avec Tom Cruise, Warner propose lui aussi son univers étendu à base de monstres géants. Après le raté Godzilla, le studio nous offre l’effroyable Kong.
Alors que les troupes américaines sont sur le point de quitter le Vietnam, le belliqueux lieutenant Preston Packard (Sam Jackson) se voit attribuer une dernière mission: escorter une groupe de géologues ayant fait la découverte d’une île mystérieuse…
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Magnifié en 2004 par Peter Jackson dans un VRAI remake que l’on peut donc considérer comme définitif, cette nouvelle itération suggère de se pencher sur le mythe à travers une approche résolument plus pop. Très bien, pourquoi pas, à condition que cette note d’intention de rupture avec les blockbusters gris d’aujourd’hui ait été confiée à un réalisateur qui ne traite pas son sujet par-dessus la jambe. Car quoiqu’on pense du récent Godzilla, le film de Gareth Edwards avait pour lui un projet de mise en scène sur le rapport d’échelle. Ici, l’idée est de ne pas ménager ses effets. L’entrée en scène fracassante de Kong dès les premières minutes est d’ailleurs symptomatique d’une problèmatique inhérente aux récentes superproductions: savoir conditionner correctement le spectateur. Aucun mystere, tout est l’avenant. Un rollercoaster jeté à notre figure sans aucune forme d’attachement au prétendu récit et ceux censés le porter.
Skull Island aligne en effet des personnages réduits qu’à une vague fonction: Tom Hiddleston, leader aventurier et nouveau héros pulp ? Pas du tout. Brie Larson en photographe pacifiste ? Un motif purement artificiel. Samuel Jackson ? En roue libre totale, une fois de plus. Et on passera sur la bouffonnerie de ce pauvre John C. Reilly…Bref, personne n’existe. Personne n’a rien à défendre. Derrière eux, les seconds couteaux sont décimés un à un. Soit dans l’indifférence la plus totale, soit de façon totalement arbitraire et/ou grotesque au possible. On n’imaginait pas assister à ce type de séquences tout droit sorties des meilleurs productions Asylum, provoquant des éclats de rire nerveux. Pire encore; le film semble être tellement conscient du néant qu’il déroule que son dernier acte sonne comme une sorte délivrance pour les protagonistes encore sur pied. Pour preuve, cette scène des plus gênantes vers la fin – qui se voudrait comique – où Sam Jackson insulte copieusement l’idéalisme de Brie Larson: « Bitch, please ! », traduit en un « Ta gueule » assassin. Grande Classe.
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À ce je-m’en-foutisme narratif comblé par une bande son rock 70’s censée rendre l’ensemble « cool » (cf: Guardians of the Galaxy), ajoutez une mise en scène générique, tape à l’oeil et blindée de filtres Instagram. Comme si la volonté était de faire prendre vie à une série de vignettes graphiques issues de la bande-dessinée. Raté. Si toute l’identité visuelle est (sur)soignée, l’ensemble sonne faux car surproduit. Quelle brillante idée d’avoir marketé le film sur l’héritage de Apocalypse Now.. Ah oui, on ne s’attardera pas non plus sur la proposition d’un bestiaire qui était nettement plus inquiétant chez Peter Jackson.
Où est l’aventure promise ? Qu’est devenue l’humanité dans les yeux de Kong ? Le géant gorille n’a aucune âme et en devient même souvent anecdotique. Tout comme le film, d’ailleurs. Embêtant…
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Réalisé par J.V-Roberts (avec Tom Hiddleston, Brie Larson, Samuel Jackson, John Goodman, John C. Reilly). Long métrage: Américain. Genre: Action, aventure. Durée: 120 min. Année de production: 2016. Distributeur: Warner Bros. Sortie: 8 mars

Images : © Warner Bros Pictures

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