[Critique] ROGUE ONE : A Star Wars Story de Gareth Edwards (2016)

– SPOILERS MINEURS –

NOTE : 3 / 10 

« Les rebellions sont bâties sur l’espoir »
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Découvrir ROGUE ONE : A STAR WARS STORY au cinéma m’a permis de renouer avec l’un des aspects les plus importants de mon adolescence – l’Univers Étendu. 
Romans, bande-dessinées ou jeux-vidéos, l’Univers Étendu de la Guerre des Étoiles constituait un gargantuesque amalgame d’oeuvres de qualité variable signées par une foule d’auteurs et d’artistes divers, tous mandatés par LucasFilm pour – outre ses vertus commerciales – étoffer toujours plus cette extraordinaire saga, en parallèle des films.
Mais, faute de vision globale ou de recul sur l’oeuvre elle-même, faute de compréhension du matériau parfois et… faute de talent très certainement, l’Univers Étendu a bien souvent produit des aventures médiocres affichant des ambitions narratives incohérentes par rapport aux films originels. Néanmoins, le public restant avide de Star Wars, et j’en faisais partie, la cohérence ou la qualité ne furent que trop rarement la première des préoccupations. Et aujourd’hui, ROGUE ONE s’inscrit comme le fer de lance de cette tradition.
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Film « spin-off » – comprenez épisode annexe – ROGUE ONE s’intéresse au fameux vol des plans de l’Étoile Noire que la Princesse Leia introduisait dans les circuits du droïde R2D2 dans le film originel de 1977.
Ainsi, éprouvant quelques remords tardifs, l’ingénieur impérial responsable de la création de l’arme de destruction massive la plus puissante de l’univers, décide de déserter et de se tourner vers une vie paisible d’agriculteur (cultivant le gazon apparemment, puisque le film ne nous montre qu’une parcelle d’herbe verte). Rapidement capturé par l’Empire, c’est donc sa jeune et unique fille Jyn Erso qui reprendra le flambeau quelques années plus tard, en troquant son existence de délinquante pour suivre les rebelles dans leur folle résistance et dérober les plans.
Le concept en lui-même n’étant pas inintéressant (j’aimais beaucoup, à l’époque, la version Star Wars Dark Forces), il y avait certes de quoi raconter une belle aventure complémentaire, intercalée entre les oeuvres principales. Pourtant, il est clair qu’inscrire le film avec intelligence et respect dans la trame globale n’était pas la motivation première du studio.
Peu importe que les Jedi représentent un ordre ascétique prônant l’humilité et l’abnégation de toute forme de vanité, ROGUE ONE préfère nous en mettre plein la vue avec de colossales statues d’adeptes de la Force. Peu importe que George Lucas ait introduit la Rébellion comme une fragile force résistante lançant un dernier assaut désespéré avec une poignée de chasseurs, ROGUE ONE imagine une flotte sur-puissante capable d’aborder une planète entière et de dézinguer des Star Destroyers à la pelle (littéralement, d’un coup de tête).
Pourquoi l’Empire conserve-t-il ses précieuses archives sur un atoll paradisiaque paumé et non en son sein sur Coruscant, à l’abri des regards ? Pourquoi Krennic porte-t-il un costume blanc immaculé ainsi qu’une imposante cape lorsque même le plus haut gradé de l’armée impériale est vêtu d’un uniforme standard ? Pourquoi l’Empire ne parviendrait-il pas à débusquer le terroriste Saw Gerrera lorsque celui-ci est terré en périphérie de la ville, dans une énorme ruine isolée au beau milieu du désert ? Pourquoi la Rébellion le considère-t-elle comme un extrémiste alors qu’elle diligente un assassin dès les premiers temps du film ?
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Mais là où ROGUE ONE affiche une narration terriblement bancale, si son intrigue s’embourbe et n’apporte jamais aucune réponse à sa foule de concepts (quid de cristaux Kyber ? Quid de la créature tentaculaire ?), son panel de personnages échoue quant à lui à créer le moindre sentiment d’empathie.
Pourtant, une fois encore, le potentiel était certain. le Directeur Krennic (Ben Mendelsohn), ingénieur carriériste à l’ambition démesurée offre incontestablement une nouvelle addition à l’écurie habituelle de crapules impériales. Son personnage, tout comme celui du père de l’héroïne, interprété par le comédien Mads Mikkelsen, apportent un point de vue interne sur les mœurs et le fonctionnement de l’Empire. Mais comme pour le reste, traité de manière superficielle et binaire, leur intérêt vole rapidement en éclat pour laisser place aux archétypes balourds.
Ni véritablement attachante ou même antipathique, Jyn Erso (Felicity Jones) laisse quant à elle, complètement indifférent. Reprenant le rôle du « vaurien au grand cœur », Jyn passe du statut de marginale apathique à rebelle convaincue en un rien de temps, sans réelle évolution, la faute à un scénario obnubilé par le spectacle et le racolage. Et pour ce qui est de son complice Cassian Andor (Diego Luna), sans doute intéressant sur le papier, le résistant jusqu’au-boutiste souffre surtout d’un traitement sans nuance et d’une interprétation anti-charismatique – pour un résultat déplaisant. Des personnages faibles donc, mais pas aussi artificiels que le duo Donnie Yen / Jiang Wen deux compères venus de la planète Jedha (sempiternelle réitération arabisante de la désertique Tatooine…) destinés à séduire le public chinois. Combattants redoutables, ils seraient issus d’une ancienne caste de sentinelles, les « Guardians of the Whills », antique concept autrefois abandonné par George Lucas (pour de bonnes raisons) mais ressuscité par ROGUE ONE sans réelle justification.
Lorsque l’Empire Contre Attaque proposait un nouveau type de soldats, la fameuse unité Snowtrooper, le film les introduisait logiquement dans un environnement polaire permettant immédiatement l’assimilation de leur design novateur. ROGUE ONE ne prendra jamais le temps de nous expliquer l’utilité de ses commandos en armure noire ou beige (révélés dans les produits dérivés comme des Death Troopers et des Shoretroopers). Une fois encore, il faudra se contenter de la forme avant le fond.
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ROGUE ONE est donc un spectacle pénible et malheureux car, étudié dans le détail – si quelques nouveaux apports sont franchement ratés (le U-Wing, par exemple), et si le casting d’espèces extraterrestres souffre d’une qualité fort discutable de prothèses et maquillage – on remarquera ça et là de très bons éléments de design respectant les codes de la franchise…que seul le merchandising permettra d’explorer.
Tiraillé entre les impératifs commerciaux et l’attente du public, entre le fan service à Episode IV – pas toujours de très bon goût – et la promesse d’un film de guerre moderne, le réalisateur Gareth Edwards livre une oeuvre complètement décousue, une mosaïque de protagonistes et de concepts qu’il n’a pas le temps de développer. Les personnages et les planètes se succèdent dans un esprit de divertissement presque Bondien, illustrant ses nouveaux décors par des annotations malvenues dans l’univers Star Wars.
Marqué par un tournage douloureux et de multiples réécritures, ROGUE ONE est un produit industriel défectueux enrobé dans un emballage séduisant, une oeuvre cherchant à exister en dehors de la saga principale et qui, dans la fureur de l’action, n’a pas pris le temps de raconter une belle histoire. Notons malgré tout les compositions discrètes de Michael Giacchino, certes mal employées, mais plutôt réussies pour une bande-originale composée dans l’urgence. Ses mélodies plus simples et plus modestes qu’à l’accoutumée apportent une dose d’humanité à un film qui en manque cruellement.
Mais au final, peu importe les erreurs ou les intrigues médiocres, peu importe les incohérences ou les personnages creux, du moment que nous avons notre dose de nostalgie, n’est-ce pas ?
[Toutes les news sur le film ici]
Réalisé par Gareth Edwards (avec Felicity Jones, Diego Luna, Forest Whitaker, Mads Mikkelsen, Donnie Yen, Ben Mendelsohn). Long métrage : Américain. Genre: Aventure, action, science-fiction. Durée: 133 min. Année de production: 2015. Distributeur: Disney. Sortie: 14 décembre 2016
Images : © Disney / LucasFilm

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