[Critique] STAR WARS – THE FORCE AWAKENS de J.J. Abrams (2015)

star-wars-force-awakens-banner-bannerle réveil de la force

NOTE : 4 / 10

« Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine… »
– Critique sans spoilers –
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Bon sang, ça y est… J’ai vu STAR WARS – THE FORCE AWAKENS.
Contenant difficilement mon excitation, craintif aussi, c’est avec fébrilité que j’ai pris l’ouverture de The Force Awakens en pleine figure. J’y étais, sur une autre planète, dans une galaxie lointaine, très lointaine, à mille lieues de Daesh ou du réchauffement climatique. Et bien qu’encombrée par un raccourci narratif terrible, quelle tension dans cette introduction ! Quel panache ! 
Était-ce donc possible ? Retrouver toute la magie de la Guerre des Étoiles au cinéma ? Laissez-moi vous conter comment l’ivresse fit rapidement place à la désillusion…
Il était une fois, loin de toute civilisation, au beau milieu des dunes de sable, un jeune héros se languissant sur un monde désertique et isolé, brûlé par le soleil. Mais un jour, suite à l’affrontement d’une courageuse faction résistante et d’un vilain empire maléfique et conquérant, un petit robot détenant des informations concernant le sort de la galaxie croise son chemin – et les troupes de la mort sont à ses trousses ! Ainsi, notre héros et son attachant compagnon mécanique s’envolent à bord du Faucon Millenium, guidés dans leur désir de rébellion par un vieux mentor que tous pensaient disparu.
Puis, résultat d’une rencontre avec la Princesse Leia, ils embarquent dans une course folle à travers les étoiles pour détruire l’arme ultime de cette armée belligérante, une technologie capable d’annihiler une planète entière… En chemin, ils devront faire face à l’incarnation du côté obscur, un terrifiant guerrier casqué et vêtu de noir maniant le sabre-laser !
Cela vous rappelle quelque chose ? 
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ReyOui, Star Wars – The Force Awakens est une refonte complète du film originel de 1977, voilà donc la raison de cette fameuse disparition de la mention « Épisode » sur les affiches. Le Réveil de la Force, pour utiliser son titre français, n’est pas qu’une simple suite se déroulant près de 30 ans après le Retour du Jedi, c’est aussi un reboot de la franchise, destiné à séduire une nouvelle génération de spectateurs pour qui l’ancienne trilogie Star Wars n’est pas une référence.
Ainsi, Rey, jeune femme pleine de ressources et version féminine de Luke Skywalker, première héroïne officielle de l’épopée intergalactique, est elle aussi prisonnière d’une planète aride et sans avenir, avant d’être catapultée à la tête d’une aventure extraordinaire. Et comme Luke, son destin sera lié à celui de l’univers tout entier. Fort heureusement, très vite attachante, la jeune Rey, incarnée par la comédienne Daisy Ridley, bien loin des stéréotypes ringards de femmes fortes, se révèle être l’un des personnages réussis de ce nouvel opus et ce malgré un manque cruel de progression ou de profondeur. Quant au vaillant Poe Dameron, héros de la Résistance et pilote hors pair, le charisme fascinant du comédien Oscar Isaac hisse sans effort ce protagoniste – greffé de force dans le scénario au dernier moment – au rang des figures marquantes de la nouvelle franchise.
PoePlus inédit dans l’univers Star Wars en revanche, le personnage de Finn, interprété par John Boyega, est une incontestable addition contemporaine à la formule Star Wars qui puise plutôt son inspiration dans les figures classiques. Relativement attachant, moderne, comique et léger, archétype courant dans le blockbuster actuel, Finn fait montre d’un étonnant débordement d’émotions, sans doute justifié par un passé excessivement austère et rigoriste. Malheureusement, ni la performance passable de l’acteur, ni l’écriture du personnage ne parviennent à totalement nous convaincre et son phrasé du 21ème siècle fait trop rapidement tâche pour être cohérent avec la formule autrefois instaurée par George Lucas.
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Mais comme je le mentionnais précédemment, au delà de ces quelques nouvelles têtes, The Force Awakens n’a jamais pour ambition d’innover et ce premier long-métrage de l’ère Disney nous entraine dans une aventure paresseuse, sans prise de risque et sans folie. 
Han SoloPour amorcer pleinement cette ré-écriture du matériau d’origine, les nouveaux personnages sont eux-mêmes conçus comme des remodelages des plus anciens : le robot BB-8, aussi réussi soit-il, n’est qu’une itération rondouillarde de R2-D2. Kylo Ren n’est rien de plus qu’un Dark Vador adolescent au service du vieux sorcier Snoke, refonte de l’Empereur Palpatine au design évoquant grandement Voldemort. Le Général Hux endosse les attributs d’un Tarkin rajeunit. Le Capitaine Phasma sert de nouveau Boba Fett, combattant masqué à l’apparition furtive mais pleine de promesses. Et enfin, Maz Kanata, petit alien comique et clairvoyant, obtient le rôle de feu maître Yoda.
Quant au fameux retour des acteurs vétérans Harrison Ford, Carrie Fisher ou Mark Hamill – si la nostalgie fonctionne à plein régime, une fois de plus, c’est au détriment de toute tentative d’évolution : Han Solo, trente ans après sa dernière apparition à l’écran, reprend peu ou prou son rôle de contrebandier fauché, accompagné de son fidèle Chewbacca, comme si rien n’avait changé. Un comble.
Même la musique de John Williams ne surprend pas, à quelques exceptions près, lorsqu’elle insuffle un esprit d’évasion à ce film qui n’en propose pratiquement plus. Car, vous l’aurez compris, s’il reprend la même recette que le film fondateur, The Force Awakens n’en est finalement qu’un pâle reflet, annonciateur d’une longue – très longue – série de films dont ce premier opus constituera forcément la charpente, le mètre étalon.
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Évidemment, The Force Awakens nous offre un spectacle visuel et des effets spéciaux ahurissants, forts d’une avancée technologique considérable, y compris depuis le récent Épisode III.
Les images signées ILM, la firme historique désormais propriété du studio Disney, sont sans conteste renversantes, notamment dans cette poursuite incroyable entre des chasseurs du First Oder et le Faucon, dans les entrailles d’un Star Destroyer en ruine. Oui, si vous recherchez l’action, soyez rassurés, vous en aurez pour votre argent. 
PhasmaPlus sec, plus dynamique, le film de J.J. Abrams ne s’embarrasse plus de la rêverie, du conte ou de l’esprit chevaleresque. S’attarder sur un paysage plus de quelques secondes, contempler deux soleils se coucher sur les étendues ensablées de Tatooine, bercé par les envolées lyriques de John Williams, c’est bien trop daté de nos jours ! Le film nous plonge constamment dans le feu de l’action, instaurant dès le début du récit un esprit de vitesse et de mouvement permanent, dont l’apothéose sera la quasi-téléportation du Faucon dans le camp adverse sans que l’on comprenne réellement comment.
Car, fidèle à l’esprit du divertissement contemporain, The Force Awakens ne résiste pas une seconde à l’analyse en profondeur. Le film ne s’embarrasse jamais d’expliquer quoi que ce soit au spectateur, l’intrigue et les personnages sont expédiés au coeur d’un univers simplifié et sans effort de cohérence, puisque de toute manière, plus personne ne s’en soucie.
Comment s’est formé le First Order ? Des restes de l’Empire ? Probablement… Pourtant le film ne prend pas la peine de s’y attarder, ni même sur son rôle exact au sein de la galaxie ou sur son influence. Et d’où provient cette exceptionnelle technologie dont il dispose ? Jamais l’Empire d’autrefois, pourtant maître de l’univers, ne semblait pourvoir prétendre à de tels moyens, à une arme aussi colossale ! Et comment cette arme peut-elle être viable puisque l’épuisement de sa source d’énergie implique nécessairement la fin de tout ?
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Surtout, n’allez pas chercher trop loin ! À quoi bon ? Tout ce que le grand public souhaitait retrouver sur grand écran est là : les X-Wings affrontant les bataillons de Tie Fighters, les rebelles contre les Stormtroopers et les duels de sabre-laser. The Force Awakens est une oeuvre bien trop occupée « à faire Star Wars » pour se focaliser sur les lacunes de son scénario. C’est un film de fans écrit par des fans pour des fans, le tout adapté à la demande d’un nouveau public profane.
FinnParfois, on se croirait face à des séquences de Star Trek version J.J. Abrams (réalisateur de ce septième volet), soit dans une galaxie non pas lointaine, mais au contraire très terrienne et familière, bourrée de références et de fan-service. Oui, dans Star Wars version 2015, les pirates de l’espace arborent des looks de mercenaires des mers d’Asie du Sud-Est ou s’expriment avec de forts accents écossais. Oui, dans Star Wars version 2015, les personnages eux-mêmes sont des fans : Vous êtes Han Solo ??? Whoaaaa ! J’ai toujours rêvé de vous rencontrer ! Et oui, pour apprécier pleinement Star Wars version 2015, il faut savoir ne pas le prendre au sérieux et mettre son cerveau sur pause, en oubliant que l’on nous ressert du réchauffé de moindre qualité… ce dont je suis incapable. Aujourd’hui, Star Wars est devenu creux et ça me fait mal. 
Pourtant, si j’ai toutes les raisons de le haïr, si j’ai littéralement déprimé des heures durant suite à son visionnage, si j’ai passé mon temps à démonter le moindre argument positif naïvement émis par mon entourage et que je trouve ce film terriblement vide, à l’heure où j’écris ces lignes, assis devant mon ordinateur, la nouvelle marche de La Résistance de John Williams dans les oreilles… j’ai des étoiles plein le yeux. Et c’est là toute la puissance de l’univers Star Wars, toute la magie de cette épopée intemporelle, véritable mythe contemporain dont l’effet originel de sidération et de jamais-vu continu de nous posséder des années après sa première sortie cinéma, en 1977. Nous sommes tellement bercés et fascinés par la création de George Lucas que nous sommes prêts à tout pour refuser d’admettre l’évidence : il est temps de faire le deuil. Et c’est bien là tout le problème ! Comment accepter de lâcher prise, de se détourner d’un univers qui nous fascine et nous accompagne depuis tant d’années ?
J’aime trop Star Wars pour véritablement le détester ! Combien de temps encore Disney pourra-t-il en profiter ? 
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Réalisé par  J.J. Abrams (Avec Harrison Ford, Mark Hamill, Carrie Fisher, Daisy Ridley, Adam Driver, Oscar Isaac, John Boyega, Lupita Nyong’o, Andy Serkis, Domhnall Gleeson, Anthony Daniels, Peter Mayhew, Max von Sydow). Long métrage : Américain. Genre: Star Wars, Space Opera. Durée: 135mn. Année de production: 2014. Distributeur: Disney. Sortie : 16 décembre

Images : © Disney / Lucasfilm

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