[Critique] EXODUS : GODS AND KINGS de Ridley Scott (2014)

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NOTE : 4,5 / 10

« Voyons qui massacre le mieux. Toi ou moi. »
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Avec Ridley Scott c’est toujours la même histoire : la version longue est-elle supérieure à la version cinéma ?
Bien souvent amputées par les studios, les réalisations du cinéaste britannique s’en retrouvent parfois dramatiquement transformées. Souvenez-vous de Kingdom of Heaven et de son « director’s cut » long de 45 minutes supplémentaires, proposant un montage différent et des personnages infiniment plus approfondis.
Pourtant, difficile de penser qu’ EXODUS : GODS AND KINGS entre dans la même catégorie. Car au delà de son indéniable raccourcissement pour une sortie en salle, Exodus est un film qui sonne faux dès le départ.
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Attention aux spoilers
exodus-gods-and-kings-christian-bale-ridley scottChristian Bale interprète Moïse comme il interprétait autrefois Bruce Wayne : distant, cérébral, désintéressé, parfois torturé et surtout expert du maniement des armes ou de la stratégie militaire. Un personnage ne ressemblant en rien à l’image que l’on se fait d’un prophète juif du XIIIe siècle avant J.C, y compris physiquement.
Moïse n’inspire jamais la sympathie, ni même un réel intérêt. Au lieu de l’observer grandir au sein de la famille royale, inconscient de son héritage, comme pouvait le faire Le Prince d’Egypte de DreamWorks, Ridley Scott nous le présente dès l’âge adulte, combattant le glaive à la main sur le champ de bataille. Finalement, et bien que celui-ci ne soit pas exempt de défaut, c’est son frère Ramses qui emporte l’attention du spectateur.
Plus complexe et plus humainle fils légitime du pharaon incarné par le comédien australien Joel Edgerton endosse certes le rôle du « méchant », mais n’en reste pas moins le personnage le plus solide des deux. Malgré son allure de surfeur aux yeux bleus, l’acteur finit par endosser les attributs de Ramses II avec une certaine crédibilité, allant même jusqu’à provoquer l’empathie lorsqu’il devient la victime des châtiments divins ou que son père affiche une préférence pour son frère adoptif.
Exodus-942x472Et comment ne pas s’identifier à sa peine lorsque sa femme et son enfant souffrent de la famine et de la maladie ? Comment ne pas s’identifier à l’ensemble du peuple égyptien d’ailleurs ? Il nous est présenté si étranger à la souffrance des esclaves juifs, pratiquement innocent, voire inconscient des malheurs contre lesquels Moïse décide de se battre. Dans Exodus, les rôles sont complément inversés. Les juifs s’apparentent presque à des citoyens opprimés par un monarque intransigeant et certainement pas à un peuple tout entier captif d’un empire cruel et païen. On se croirait plutôt dans les ruelles de Nottingham sous la régence du Prince Jean et de son infâme shérif venu collecter les taxes.
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Au final, l’interprétation de Ridley Scott et de ses scénaristes semble biaisée dès sa conception et lorsque la figure divine apparaît pour la première fois à l’écran, on se dit que le film n’a décidément rien compris à l’Ancien Testament.
Car dans Exodus, le Seigneur revêt forme humaine : il apparait à Moïse sous la forme d’un enfant à l’allure de jeune bouddhiste !
Dieu n’est plus cette force suprême omniprésente, terrible et invisible, n’apparaissant aux yeux des mortels que sous la forme d’un buisson ardent – non – le voilà représenté par un humble petit garçon. C’est l’exact opposé du Dieu de l’Ancien Testament qui – rappelons-le – va jusqu’à condamner à mort ceux qui adorent des idoles personnifiées.
UNE-ChristianBaleExodusLà où la représentation du divin se veut plus fidèle, c’est dans son caractère effrayant. Après tout, nous sommes encore loin du Dieu de miséricorde de l’Évangile et ce Dieu de l’Ancien Testament fait s’abattre des nuées d’insectes ravageurs, souille le Nil avec du sang, répand la maladie et assassine les premiers nés du peuple égyptien. Paraissant tour à tour capricieux ou cruel, il est certain que ce jeune garçon est une figure inédite dans la représentation du divin au cinéma, plus proche des extrémistes d’aujourd’hui que d’un être éveillé.
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Ridley Scott aura-t-il souhaité dénoncer l’extrémisme religieux et la guerre sainte ? Une impression de pessimisme et de violence flotte sur l’ensemble du film, certes, et le fait d’avoir transformé son prophète en un général renégat en proie au doute, forcé d’abandonner sa propre famille pour servir la cause, n’est clairement pas un choix anodin. Mais malheureusement, le message ne passe pas.
Exodus : Gods and Kings n’est pas un mauvais film à proprement parler, c’est un film raté, une oeuvre à l’ambition démesurée qui semble passer complètement à côté de son sujet, et ce malgré l’apparente relecture moderne probablement édulcorée pour des raisons commerciales. Au final, ce qu’il reste de la brutalité et du réalisme cru parait gratuit et inutile, pour une reconstitution globalement artificielle. Une vision qui n’apporte rien de nouveau à un matériau d’origine déjà beaucoup traité au cinéma. Reste les images spectaculaires, c’est toujours ça.
[Toutes les news du film ici]
Réalisé par Ridley Scott (Avec Christian Bale, Joel Edgerton, Sigourney Weaver, Ben Kingsley, John Turturro, Aaron Paul, Ben Mendelsohn, Golshifteh Farahani). Long métrage Américain / Britannique. Genre: Biblique / Péplum. Durée: 150 minutes. Année de production: 2013. Distributeur: 20th Century Fox. Sortie : 24 Décembre.

 Images : © 20th Century Fox

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