[Critique] INTERSTELLAR de Christopher Nolan (2014)

NOTE : 8 / 10

« Ce monde est un trésor mais il nous pousse vers la sortie »
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Entouré d’un épais voile de mystère et considéré depuis ses prémices comme l’Œuvre SF de cette décennie, INTERSTELLAR résonnait déjà dans la bouche de certains (cinéphages) comme étant le film ultime. Celui qui permettra à Christopher Nolan de définitivement s’émanciper de l’univers de Gotham City pour une odyssée intergalactique inédite.
Interstellar Christopher Nolan Matthew McConaugheyIl faut dire que la conquête spatiale comme nouveau terrain de jeu était bien évidemment le « lieu » dans lequel on l’attendait au tournant. Pas étonnant donc qu’il ait repris cet ambitieux projet un temps dévoué à Spielberg…Mais à l’inverse de ce dernier, si sa singularité en tant que storyteller lui a toujours fait plus ou moins défaut, à cause d’une distance souvent trop prononcée entre le spectateur et ses personnages, reconnaissons-lui tout de même une empreinte et des intentions d’une richesse assez inouïe. INTERSTELLAR aurait pu être ce film total. Mais non. Quoi que…
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De nos jours ou dans un futur proche, la Terre agonise. Soumise à un productivisme que l’on devine, l’avenir de l’espèce humaine est grandement menacée. Ex-ingénieur et pilote émérite devenu agriculteur, Cooper (Matthew McConaughey) est choisi par une branche secrète de la NASA pour une mission de colonisation dans une autre galaxie récemment découverte – on vous épargnera la théorie des trous de ver.
interstellar Mackenzie Foy Matthew McConaughey image 1INTERSTELLAR est à considérer dans un premier temps par ses motifs purement émotionnels et humanistes. Une gageure étonnante et salutaire de la part du cinéaste tant ce qu’il y développe entre Cooper et sa fille Murphy qu’il va devoir quitter est particulièrement fort – la séquence d’adieu, les messages de ses enfants. Une porte d’entrée qui permettra au spectateur de se raccrocher à ce fil conducteur qui restera le véritable cœur du film. De cette mise en place à taille humaine, Nolan permet alors de contextualiser une certaine prise de conscience universelle du sujet avant le grand saut. Et c’est bien là son tour de force. Cette sorte de perspective « palpable » qui se dessine en très peu de temps entre l’intime et l’irrationnel. Le prisme est ouvert en grand angle. Une idée pourtant des plus casses gueules à traduire narrativement tant l’inconcevable qui va suivre est bien le principal produit d’appel qu’il va falloir avaler. Car si le postulat de départ est une thématique récurrente de la SF, et ici de la « hard SF », il faut pouvoir embarquer le grand public d’aujourd’hui tout comme il faut pouvoir accepter de ne pas tout comprendre.
Le récit de la première partie du métrage est en çà une véritable réussite. Nolan insuffle enfin une chaleur humaine à son storytelling grâce à de brillants personnages tout en gardant une assise limpide de l’enjeu démesuré. Impossible de ne pas noter là à quel point le cinéaste accomplit quelque chose dont on ne le pensait pas capable jusqu’alors : nous émouvoir (aux larmes) sans forcer. 
Toutefois, si le spectre des émotions reste très prégnant tout au long du métrage, si Nolan a beau le faire retentir d’une vibrante mélancolie, il faudra plutôt pointer le déploiement des divers discours scientifiques qui rompront souvent avec cette tonalité. Car il s’agit sûrement là de son principal handicap. Mais peut-on véritablement parler d’handicap ?
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Interstellar Anne Hathaway, Matthew McConaugheyBien qu’il brasse ici ou là de multiples référents de la SF contemporaine,  il suffit juste de se rendre compte que l’approche de Nolan s’inscrit pleinement dans la droite lignée d’une certaine illustration quasi-expérimentale, voire méta-physique, de l’espace (le cosmos, l’infini, le passage dans le trou noir). Parce que la confection de certains vaisseaux et leurs façons de se mouvoir en quelques plans dans cette immensité renvoient bien évidemment aux meilleurs opus du genre avec en plus un étincelant fétichisme. Parce que techniquement le film est à la fois minimaliste et maximaliste dans sa fabrication. Et parce malgré la complexité de sa réflexion avec ses tunnels de théories de physique quantique ou ses ellipses temporelles parfois indigestes, INTERSTELLAR désarçonne autant qu’il fascine. Une sacrée proposition de cinéma que l’on n’est pas prêt d’oublier.
A la fois intime et grandiose, débordant autant d’enthousiasme, d’intelligence que de quelques maladresses (caractérisations ou incohérences), INTERSTELLAR est une Grande Oeuvre Cinématographique, certes imparfaite (des passages inutiles ou le dernier tiers qui méritera d’autres visionnages), mais tellement nourri d’une remarquable densité et en emphase totale avec les obsessions de son auteur (le temps) qui franchi là un nouveau cap dans sa filmographie. Qu’on y adhère ou non. De la pure SF d’aventure doublée d’une très forte résonante émotionnelle soulignée par une composition d’Hans Zimmer qui titille (enfin) le sublime. Allez, osons : et si le cinéaste venait de signer son THE ABYSS ?
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Réalisé par Christopher Nolan (Avec Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Michael Caine). Long métrage : Américain. Genre : Science-Fiction / Drame. Durée : 169 min. Année de production : 2014. Distributeur : Warner Bros Pictures. Sortie : 5 Novembre

Images : © Warner Bros Pictures / Paramount Pictures

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