[Critique] GODZILLA de Gareth Edwards (2014)

godzilla-image-banner-poster-gareth-edwards

NOTE : 4,5 / 10

Voilà près de 60 ans que le saurien japonais GODZILLA piétine les métropoles nippones avec le même acharnement féroce. Mais si le Japon reste son terrain de prédilection, l’emblématique créature de la Toho Company aura fait le détour plus d’une fois par le nouveau monde pour un résultat pas toujours reluisant. À nouveau entre les mains d’Hollywood, dont la dernière adaptation remonte à 1998, le roi des monstres version 2014 trouve en son réalisateur Gareth Edwards un nouveau souffle certes, mais non sans faiblesses. 
bryan-cranston-aaron-taylor-johnson-godzilla-2014Certains diront qu’on ne va pas voir Godzilla pour philosopher, mais bien pour jubiler devant les destructions massives, les bastons entre créatures gigantesques et surtout, pour en prendre plein la tronche. Un plaisir de gosse qui n’exclut pas un sous-texte plus profond que le simple divertissement. Car Godzilla est aussi l’expression du traumatisme de la civilisation japonaise après les bombardement de Nagasaki et d’Hiroshima. Ainsi, le monstre était traditionnellement le fruit de la bêtise humaine : muté par l’énergie nucléaire, Godzilla devenait la bras vengeur de la nature, devenant presque une relecture du Léviathan, la créature sous-marine biblique qui apporte la fin des temps dans son sillage. Un message écologique clair auquel renonce ce nouvel opus, préférant faire du dinosaure atomique un « gardien ancestral », un monstre au service de l’humanité, aux origines presque mystiques, protégeant la veuve et l’orphelin contre les méchants. Tout ce qui faisait l’essence de Godzilla est balayé dans cette adaptation simpliste et tristement manichéennele saurien se garde bien d’esquinter les bateaux de la flotte américaine. C’est gentil de sa part.
godzilla-2014-image 2Mais finalement – et paradoxalement – Godzilla n’est pas le coeur de ce blockbuster 2014 car le film aurait tout aussi bien pu s’appeler « Aaaron Taylor-Johnson The Movie ». Le monstre, que l’on ne voit qu’en arrière plan pendant plus de la moitié du film, se fait voler la vedette par le jeune et toujours inexpressif acteur britannique venu de la franchise Kick Ass. L’acteur Bryan Cranston que l’on espérait suivre pendant toute l’aventure se retrouve cantonné au premier chapitre seulement et seul son grand talent dramatique sauve le personnage, finalement relégué au rôle classique du fou qui vocifère « ils nous cachent la vérité ! ». Et ni la délicieuse Elisabeth Oslen, ni le charismatique Ken Watanabe ne disposent d’un rôle suffisamment important pour contrebalancer l’omniprésence du comédien anglais, incarnant un G.I surdoué, expert en explosif, sautant en parachute comme les meilleurs commandos, réduisant ainsi à néant nos chances de craindre pour sa vie. Porte-avions dernier cris, hélicoptères de combat, trains de l’armée, M16 et bazookas dans tous les sens, chars d’assauts, toute la panoplie du petit soldat est déployée par le réalisateur et ses scénaristes.
godzilla-2014-imageLà où le choix de centrer le film uniquement sur la réaction militaire est un problème, c’est que dans un contexte aussi viril et vindicatif, le spectateur n’a pas peur, même face à pareille menace. Et comment s’émouvoir quand des légions entières de soldats se font écrabouiller alors qu’il est établi au cinéma catastrophe que les soldats ne servent qu’à mourir ? Le point de vue des civils est à peine effleuré, obligeant ainsi le film à verser dans les stéréotypes : le petit enfant séparé de ses parents, le gentil chien face au monstre, etc. Quant au personnage d’Aaron Johnson, il n’éveille pas le moindre sentiment d’empathie, son fils étant à l’abri depuis le début de l’aventure, sa femme (forcément infirmière) planquée dans les souterrains, et lui-même se retrouvant constamment entouré d’une équipe de marines. Alors si dans la dernière partie du film la succession de plans apocalyptiques à couper le souffle et le génie du sound-design donnent la chair de poule, cela ne suffit pas à combler le vide dont souffre cette superproduction prétendant concurrencer le colossal Pacific Rim.
Au Japon certains moquaient le design pseudo respectueux du Godzilla originel en soulignant des attributs dits de « footballeur américain », parlant de son cou massif et de ses cuisses énormes. L’analogie n’est finalement pas si idiote devant ce spectacle techniquement formidable, parfois très divertissant (encore que) mais intellectuellement assez creux. Si Godzilla 2014 a le physique d’un sportif sous stéroïdes, il en a aussi la cervelle.
[Toutes les news sur le film : iciiciiciici, ici et ici]
Réalisé par Gareth Edwards (Avec Aaron Taylor-JohnsonBryan CranstonKen Watanabe). Long métrage Américain. Genre: Action, Fantastique. Durée: 2h03. Année de production: 2014. Distributeur: Warner Bros Pictures Pictures. Sortie : 14 Mai.

Images : © Warner Bros Pictures

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title="" rel=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>