[Critique] 12 YEARS A SLAVE de Steve McQueen (2014)

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NOTE : 9 / 10

« Ce film est tiré d’un histoire vraie ». Une formule que l’on peut lire un peu partout sur nos écrans, en introduction de nombreux films, et qui bien trop souvent semble excuser des narrations bancales. Mais chez STEVE MCQUEEN, habitué des chocs cinématographiques, la mention retrouve enfin ses lettres de noblesse. Au placard les très consensuels Majordome de Lee Daniels ou Mandela de Justin Chadwick ! Ici l’histoire troublée des afro-américains est traitée avec tout le talent que l’on connait au cinéaste britannique. Après les brillants Hunger (2008) et Shame (2011), le multi-récompensé 12 YEARS A SLAVE bouleverse à raison les spectateurs.
L’histoire débute en 1841 dans l’état abolitionniste de New York où le violoniste noir Solomon Northup peut vivre avec sa famille en toute liberté. Artiste instruit et embourgeoisé, vivant parmi les blancs, l’heureux père de famille deviendra pourtant l’une des nombreuses victimes de rapts répugnants orchestrés par les esclavagistes des états du Sud. Capturé puis vendu comme esclave dans les plantations de la Nouvelle Orléans, Solomon Northup vivra l’enfer pendant 12 ans.
12-YEARS-A-SLAVE-image-5Si l’histoire est vraie et la reconstitution minutieuse, McQueen donne à la Louisiane et aux rives du Mississippi des allures de monde imaginaire. Alors que le Nord est urbain et civilisé, le Sud est un univers chaotique isolé par la forêt et les marécages. La chaleur y est étouffante, le ciel y revêt des couleurs inhabituelles et les hommes blancs y sont devenus fous. Michael Fassbender, comédien fétiche du cinéaste, en est l’incarnation parfaite. Un riche propriétaire terrien, chrétien puritain presque intégriste, qui se vautre dans la dépravation et le ridicule, obsédé par une jeune et belle esclave simple d’esprit. Un amour obsessionnel autodestructeur, mêlé de répulsion et de violence ; l’interprétation magistrale de l’acteur irlandais rend le personnage terrifiant. C’est d’ailleurs dans son trio de têtes que le film aborde les protagonistes avec génie, à l’image du britannique Chiwetel Ejiofor, en tout points bluffant dans le rôle de Solomon Northup, et la bouleversante Lupita Nyong’o, jeune actrice kenyane déjà nominée pour les Oscars. À ce casting parfait viennent s’ajouter de prestigieux noms tel Brad Pitt, Sarah Paulson, Benedict Cumberbatch, Paul Giamatti ou encore Paul Dano, dont les personnages ne sont pas nécessairement traités avec la même finesse, mais restent de solides prestations.
12-YEARS-A-SLAVE-image-3Maintes fois racontée au cinéma, l’horreur du commerce des esclaves noirs en Amérique a trouvé en 12 Years A Slave l’un de ses plus grands ambassadeur. Un drame puissant, dur et éprouvant émotionnellement, porté par la bande-son lancinante du compositeur Hans Zimmer et la photographie impeccable de Sean Bobbitt, fidèle compagnon du réalisateur. À tout moment, le spectateur est plongé au cœur même de l’enfer archaïque des plantations, sans jamais se voir asséner la lourdeur moraliste de nombreux films sur le même sujet.
Une vision crue, captivante et sauvage où les lueurs d’espoirs sont trop rares et la tension, omniprésente. 12 Years A Slave est une expérience poignante au budget de seulement 20 millions de dollars…ça force le respect !
Réalisé par Steve McQueen (II) (Avec Brad Pitt, Sarah Paulson, Benedict Cumberbatch, Paul Giamatti, Paul Dano) Long métrage Americain. Genre: Biopic, Drame. Durée: 2h13. Année de production: 2013. Distributeur: Mars Distribution. Sortie : 22 Janvier.
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Images : © Mars Distribution

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