[Critique] LE LOUP DE WALL STREET de Martin Scorsese (2013)

Note : 7 / 10

« Règle du jeu: mettre l’argent du client dans ta poche »

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Pour leur cinquième collaboration au cinéma, le cinéaste Martin Scorsese et l’acteur vedette Leonardo DiCaprio raflent déjà les louanges quasi unanimes de la presse internationale et se voient sélectionnés dans la plupart des festivals de la planète. Rien que ça…THE WOLF OF WALL STREET démarre très fort.
le loup de wall street critique review the wolf of wall street Scorsese DiCaprio imageProjet au développement difficile, convoité par Brad Pitt, proposé à Ridley Scott, abandonné par Warner Bros (comme d’habitude), il retourne finalement dans les mains de son premier maître, le réalisateur culte de Taxi Driver, qui en avait entamé l’écriture avant même de commencer la production de Shutter Island (2010). Aussi gonflé à la cocaïne que son personnage principal, The Wolf revient sur nos écrans dans une version exubérante d’environ trois heures, au budget de 100 millions de dollars, au casting en or et à la mise en scène virtuose. Une sorte de rappel tonitruant que Hugo Cabret (2011) est loin derrière… et pourtant. 
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wolf-of-wall-street-pictures-DiCaprio-image-4La carrière du fameux Loup de Wall Street, Jordan Belfort, fut aussi fulgurante que décadente. Drogue, argent, sexe, alcool, prostitution, yachts, corruption, lancé de nains, tout y passe. Un portrait accablant du monde de la finance, presque surréaliste, bien que tiré de faits réels. Autant accro aux billets verts qu’aux substances illicites, golden boy sans scrupules au langage de charretier, ce personnage lubrique en costume Armani offre à son interprète principal l’occasion de prouver (à nouveau) qu’il est devenu un Grand Acteur : Leonardo DiCaprio livre ici une véritable performance ! Pour Martin Scorsese, l‘absurdité et la cruauté de l’univers de Belfort prend tout son sens lorsqu’il se plait à mettre en scène les armées de traders comme une tribu de pillards primitifs et dépravés, tout droit sortis de l’antiquité romaine. Et Rome devient Wall Street, le cœur de la finance occidentale.
Twolf-of-wall-street-pictures-DiCaprio-image-3Si l’argent rend les hommes fous et sauvages, les femmes du films ne se résument qu’aux épouses trophées et aux prostituées avides. Et avec elles, le réalisateur se prend à jouer le jeu de son héros, à ponctuer son film de multiples scènes de luxure gratuites et parfaitement dispensables. Martin Scorsese semble beaucoup s’amuser avec Jordan Belfort et fait de cette tragédie une véritable comédie. The Wolf of Wall Street est un film étonnamment drôle, voire burlesque, tant ses personnages sont parfois ridicules et désolants…au risque d’atténuer – voire d’anesthésier – son propos. En fin de compte, The Wolf est-il vraiment la condamnation d’un monde décadent ? Probablement, mais le cinéaste ne se montre pas très virulent et Jordan Belfort reste un héros sympathique auquel on aurait presque envie de pardonner les pires atrocités. À l’heure où la vacuité, la bêtise et le matérialisme primaire sont de plus en plus présents dans les médias, célébrés par la pop-culture, la télé-réalité et les clips, pas sûr que le public perçoive le « bon » message. La philosophie de l’argent facile, profiter tant que possible avant la chute, « Get Rich or Die Tryin » comme nous l’exposait si bien le film sur le rappeur 50-Cent, en fera probablement rêver plus d’un dans la salle. Et lorsque que survient la dernière scène, finalement assez inoffensive, la morale n’en devient que plus floue…
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le loup de wall street critique review the wolf of wall street McConaughey imageThe Wolf of Wall Street est une leçon de mise en scène et de montage, autant qu’une leçon de jeu époustouflante donnée par Leonardo DiCaprio, aux côtés d’un casting globalement excellent – voir mémorable : si Matthew McConaughey napparaît à l’écran que cinq minutes, son personnage laissera une empreinte indélébile dans la mémoire du spectateur. Le « frenchy » de service Jean Dujardin ferait bien d’en prendre de la graine ! Son jeu à la « OSS 117 » parait risible à côté des comédiens hollywoodiens… Mais son message confus, voire ambigu, couplé à de multiples longueurs, laissent une désagréable impression de gratuité. Martin Scorsese, grand habitué des ascensions vertigineuses de personnages aussi monstrueux qu’attachants, puis de leur chutes fatales, semble ici plus neutre que jamais. Chez le roi des films de mafieux, les traders ont beau être des gangsters modernes, ils n’ont certes pas la même classe.
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Réalisé par Martin Scorsese (Avec Leonardo DiCaprio, Jonah Hill, Matthew McConaughey, Margot Robbie). Long métrage Américain. Genre: Biopic, Drame. Durée: 2h59. Année de production: 2013. Distributeur: Metropolitan FilmExport. Sortie : 25 Décembre.

Images : © Metropolitan FilmExport

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