[Critique] LE HOBBIT : LA DÉSOLATION DE SMAUG de Peter Jackson (2013)

NOTE : 4 / 10

« Nous sommes les Nains d’Erebor.  Nous venons reprendre notre terre »
***
Jusqu’où va la liberté d’un scénariste lorsqu’il adapte un roman au cinéma ? Quel degré de transformation peut on tolérer ? Et au delà d’un certain seuil de métamorphose, peut on encore considérer un film comme une réelle adaptation et non un produit vaguement basé sur une oeuvre existante ?
Puisque l’auteur de ces lignes doit donner son avis sur LA DESOLATION DE SMAUG, second volet de la nouvelle trilogie de Peter Jackson, il m’est presque impossible de le considérer pleinement comme une transposition de l’univers de Tolkien. Les changements sont trop nombreux, l’intrigue trop profondément modifiée. Le Hobbit deuxième partie est une tentative pénible de raccrocher artificiellement le squelette du Seigneur des Anneaux à une histoire pourtant si différente.
***
THE HOBBIT: THE DESOLATION OF SMAUGParfois, certaines scènes semblent même être de simples copiés-collés de la trilogie précédente, presque de l’auto -parodie. Comme si il fallait absolument retrouver le souffle épique et sombre des Deux Tours ou du Retour du Roi, quitte à livrer un scénario complètement décousu, voir incohérent. Une simple porte à franchir ? Ajoutez un combat à mort et des hordes d’orques sanguinaires. Oui, mais d’où viennent-ils ? Et bien… ajoutez Sauron. Oui, mais comment le raccrocher à l’histoire alors que dans Le Seigneur des Anneaux, tout le monde ignore son retour. Et bien… il affrontera Gandalf ! Oui, mais Gandalf devait aider les nains à ce moment précis. Et bien… Tauriel (clone d’Arwen) et Legolas (que l’on ajoute gratuitement) iront les aider. Oui, mais pourquoi ? Et bien… Tauriel tombera amoureuse d’un nain et Legolas tombera amoureux de Tauriel. Oui, mais les nains refuseront l’assistance des Elfes, ils les détestent. Et bien… l’un d’eux tombera malade et le groupe sera obligé de se séparer. Oui, mais… Etc, etc.
Puisqu’il faut faire de la place aux protagonistes inventés de toutes pièces ou repêchés dans d’obscurs récits de Tolkien écrits des années après The Hobbit, certains personnages originels disparaissent ou sont tout bonnement expédiés. La rencontre avec l’ours Beorn tient presque du caméo et l’on préfère inventer un clone de Grima « Langue de Serpent » en arrivant à LakeTown. Peter Jackson, pourquoi ? Où est passé le génie de la trilogie précédente ?
Mais arrêtons là d’énumérer les transformations et parlons plutôt du film comme une oeuvre à part entière car après tout, tous n’auront pas lu le livre (et c’est finalement, peut être mieux). Comme je le disais dans mon appréciation de la première partie, le ton général de cette trilogie est au sérieux et au solennel. La moindre discussion est lourde et pesante. L’ensemble des personnages semblent figés dans une perpétuelle gravité, laissant peu de place aux nuances dans le jeu des comédiens. Le rythme lui, est étrangement mollasson alors que les scènes d’actions se succèdent à l’écran. Elles se ressemblent toutes et présentent vraiment peu d’intérêt, atteignant même le paroxysme du fan-service avec les cascades du « beau Legolas ». Vous aimiez le voir surfer sur des boucliers et se déplacer comme un ninja ? Vous en aurez pour votre argent, The Hobbit fait encore plus fort !
***
THE HOBBIT: THE DESOLATION OF SMAUGComme si les scènes d’actions à foison ne suffisaient pas, le moindre décor, la moindre route, la moindre passerelle devient un obstacle menaçant, constamment placé au bord d’un gouffre. « Ajoutez des précipices partout », c‘est sûrement la note d’intention qu’aura fait passer Peter Jackson à son armée de designers. The Hobbit doit être sombre et dangereux ! Ajoutez aussi des torrents déchainés super étroits avec des rochers pointus à la place de la rivière, c’est mieux. « Mais Monsieur Jackson… les Elfes sont sensés expédier leurs marchandises par la rivière, c’est complètement incohér… » Non ! Tout doit être hyper dangereux !
THE HOBBIT: THE DESOLATION OF SMAUGEt Smaug dans tout ça ? Qu’en est-il du fameux dragon, de l’attraction principale de la trilogie, maintes fois « teasé » au fil d’une longue campagne marketing ? Oui, Smaug est impressionnant et sa première apparition est véritablement grisante. La voix caverneuse de l’acteur britannique Benedict Cumberbatch n’y étant pas étrangère. Mais sans surprise, le rythme bancal et les nombreuses obligations de justifier les ajouts scénaristiques – et donc de « va et vient » géographique – finissent par atténuer, voir carrément affaiblir son intérêt. Son traitement tire vite vers le sensationnalisme et la redoutable créature mythique laisse vite place à la bête déchaînée sans cervelle que l’on retrouve dans bon nombre de films à spectacle.
***
Au final, The Desolation Of Smaug est un film à la construction très proche des blockbusters concurrents, une formule sans finesse ni profondeur. À défaut de pouvoir proposer la quête fédératrice de l’Anneau, enfermé dans son approche sombre et sérieuse, Peter Jackson se sent obligé de trouver des substituts fabriqués. Désormais l’Arkenstone joue le rôle du « précieux », presque aussi puissante ou malfaisante, elle pourra « unir toutes les armées… blablabla ». Ça ne tient plus la route. Dorénavant, seul son univers unique tire le film de la banalité. Ce retour dans la Terre du Milieu que je qualifiais autrefois de « mitigé » est aujourd’hui complètement négatif. Je ne pensais jamais dire une chose pareille un jour mais… Bilbo Baggins m’a profondément ennuyé.
[Pour revoir les news sur le film, cliquez iciiciici, ici ici et ici]
Réalisé par Peter Jackson (Avec Benedict Cumberbatch, Martin Freeman, Richard Armitage). Long métrage Américain / Néo-Zélandais. Genre: Aventure / Fantastique. Durée: 2h42. Année de production: 2013. Distributeur: Warner Bros Pictures. Sortie : 11 Décembre.

Images : © Warner Bros Pictures / MGM

Comments are closed.