[Critique] GRAVITY de Alfonso Cuarón (2013)

gravity-banniere-banner-poster-image

NOTE : 10 / 10

« Houston, je n’ai plus de Dr Stone en visuel »
***
Space movie hors-norme, révolution cinématographique par son défi technique innovent…dès sa gestation GRAVITY sera une œuvre majeur qui marquera à jamais l’histoire du Cinéma. Soyons clairs, voilà maintenant plus de 3 ans que l’on ronge notre frein et que notre imaginaire pétille dès qu’une news tombait sur ce mystérieux projet. Cette année, ce mois-ci, c’est la bonne puisque le film se dévoile enfin après avoir été repoussé d’un an. En résulte un chef d’œuvre immédiat signé Alfonso Cuaròn, sept ans après le culte Les Fils de l’Homme.
Alfonso-Cuarons-Gravity-Sandra-Bullock-image-24Pour le pitch, on ne peut pas faire plus minimaliste et limpide: « Après que leur navette ait été pulvérisée par des débris, les astronautes Ryan Stone (Sandra Bullock) et Matt Kowalski (George Clooney) se retrouvent à dériver dans l’espace. Seuls, privés de tout et à court d’oxygène, commence alors une véritable course contre la mort pour retourner sur Terre »…Et lorsque l’on dit « dériver », il s’agit là de l’exécution littérale et stupéfiante de l’angoisse même. La faute à une représentation virtuellement inédite de l’espace sourd comme terrain de jeux dont le réalisateur Mexicain exploite tout le vide abyssal pour y transcender le genre du survival. Avec un récit si évident c’est alors une œuvre saisissante aussi bien par son impact sensoriel terrifiant que sa dimension spectaculaire démente à laquelle nous sommes convoqués. Une proposition de cinéma dont on ne sort pas indemne et avec l’envie immédiate d’y retourner.
***
A ce jour, GRAVITY est sans nul doute la représentation cinématographique la plus forte d’un fantasme commun sur le rapport à la mort et/ou l’inconnu. Une sorte de vertige universel qui n’était encore qu’à l’état de rêve enfoui enfin matérialisé par une odyssée harponnant notre peur la plus viscérale. Bon sang, quel choc ! Pendant 90 minutes d’une intensité ahurissante, c’est à travers une succession de séquences toutes plus folles les unes que les autres que notre énergie est mise à rude épreuve. Où l’on se voit sans cesse précipité dans une avalanche de fulgurances servies par la maîtrise de mise en scène d’un réalisateur réputé, on le sait, pour la virtuosité incontestable de ses plans séquences toujours plus inventifs et installant ici de stupéfiantes mises en abyme. Aussi, soulignons la composition de Steven Price pour ce score jonglant entre l’illustration sonore pénétrant notre adrénaline constamment sollicitée et une partition atmosphérique enivrante.
gravity-critique-Bullock-CuaronGravity, c’est l’expérience la plus immersive et éprouvante à laquelle vous serez confrontés dans une salle de cinéma. Car en plus d’assister tel un simple spectateur à cette lutte acharnée pour la survie, ici, la première incursion 3D du réalisateur sert aussi bien d’outil narratif qu’à nous impliquer émotionnellement et physiquement comme troisième homme et témoin privilégié d’une action tantôt flottante, tantôt renversante. Cuarón a tout compris de ses pairs et repousse les limites du médium en recréant cette sensation si abstraite et si fascinante d’apesanteur.
***
Alfonso-Cuarons-Gravity-Sandra-Bullock-image-8Mais au-delà de la considération technique du film, il y a aussi cette perception d’identification portée par un duo d’acteurs complémentaires et immédiatement habités par leurs incarnations respectives. Si Clooney excelle en astronaute vétéran, Sandra Bullock est époustouflante. Celle dont on a jamais su trop quoi penser de sa carrière, hérite le temps d’1h30 d’un rôle total. A la fois bouleversante et combative, on pourrait aussi philosopher sur la métaphore du cycle de la vie qu’elle symbolise mais on évitera de se lancer dans ce type d’essai tant l’interprétation est purement subjective. Néanmoins, impossible de ne pas y voir là la figure, heureusement délicate, de la renaissance d’un être condamné au sein d’un environnement hostile. D’un être totalement déconnecté de la vie qui va se reconstruire dans l’adversité.
Alfonso-Cuarons-Gravity-Sandra-Bullock-image-17A l’issue de cette performance indiscutable il est juste important de rappeler qu’après les expérimentations de Zemeckis, David Fincher, Cameron ou Spielberg qui repensaient tour à tour le cinéma virtuel à travers leurs objets filmiques avant-gardistes, il faudra désormais prendre GRAVITY comme pierre angulaire dans la mesure où le schéma SF (au sens large) risque bien d’être bouleversé pour les années à venir…Récemment, le réalisateur d’Avatar disait qu’« il est important qu’Hollywood comprenne ce qui vient d’être accompli avec ce film », impossible d’être plus clair.
[Toutes les news sur le film ici, ici, ici, ici et ici]
Réalisé par Alfonso Cuarón (Avec Sandra Bullock, George Clooney, Ed Harris). Long métrage Américain. Genre: Drame / SF. Durée: 1H30. Année de production: 2008 / 2013. Distributeur: Warner Bros. Sortie : 23 Octobre.

Images © Warner Bros

Comments are closed.