[Critique] Les Cinq Légendes – Pour et Contre (2012)

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CONTRE : 5 / 10

Qui se souvient aujourd’hui de Monsters vs Aliens ou Bee Movie ? De Shrek 4, Megamind, Puss In Boots ou Madagascar 3 ? Excepté l’excellent Dragon (2010) et le premier Kung Fu Panda (2008), les films d’animation Dreamworks sont aussi vite oubliés qu’ils sont consommés. Très calibrés, conventionnels, déjà-vus et immédiatement déclinés en produits dérivés ou suites en tous genres, les films Dreamworks ne sont plus des oeuvres cinématographiques mais des objets de la grande consommation médiatique. RISE OF THE GUARDIANS (Les 5 Légendes) n’échappe pas à la règle.
L’histoire : Jack Frost (Chris Pine), personnage de la littérature anglo-saxonne et accessoirement, Esprit de l’Hiver, se retrouve embarqué dans une lutte impitoyable entre les 4 GardiensLe Père Noël, La Fée des Dents, Le Lapin de Pâques, Le Marchand de Sable – et Pitch Black (Jude Law) le vilain boogeyman (refonte du Hades de Disney), personnage avide de vengeance et de pouvoir. Très loin du serial-killer mutant dans le film d’horreur de 1996, ou du bonhomme de neige joué par Michael Keaton en 1998, Jack Frost est ici relooké en adolescent branché avec un sweat à capuche et un doublage de beau gosse. Sans réelle profondeur et plutôt tête à claque, ses dialogues se résument généralement à des « Yeaaah ! », « Wouhouuuu ! » et « All right ! » insupportables. Le type de personnage très conventionnel, habitué des productions 3D du genre, qui découvrira sa force intérieure et son courage au fil d’un scénario classique et sans surprise.
Au final, si Rise of The Guardians reste un film sympathique qui plaira beaucoup aux plus jeunes grâce à un rythme dynamique, de l’action colorée et de beaux décors, il n’en reste pas moins « vite vu et vite oublié ». A l’instar des autres films d’animation à grand spectacle, on fait rire le public avec des gags recyclés des milliers de fois dans la majorité des productions concurrentes : les petites mascottes amusantes et débiles qui se tapent dessus, tombent sur les fesses ou font des grimaces, sont bien évidemment de retour puisque aucun film d’animation 3D ne semble possible sans elles aujourd’hui. Et alors que la bande-annonce laissait entrevoir un traitement des personnages original et décalé – un Père Noël soviet et tatoué –  on retombe vite dans une approche banale et traditionnelle. Le film semble ne jamais oser exploiter ses trouvailles de scénario, à l’image du « passé humain » des Gardiens qui reste inexploré ou de la tentation du héros par le méchant – thème abordé avec brio dans de nombreux films – qui est ici bien vite expédié.
De gros moyens (145 millions de dollars), un gros casting (Alec Baldwin, Hugh Jackman, Jude Law, Chris Pine), le talent de Roger Deakins (directeur photo des frères Coen) et l’implication de Guillermo del Toro n’auront pas suffit à donner à cette adaptation du roman de William Joyce le souffle nécessaire pour s’imposer comme le sauveur des studios Dreamworks. A des années lumières de la poésie et de la profondeur de Coraline, de la magie de Raiponce ou de Up, accompagné par une musique insignifiante signée Alexandre Desplat (le compositeur à la mode), Rise of The Guardians représente le versant commercial du cinéma d’animation. Un beau packaging, de belles couleurs, pour un cadeau de Noël sans âme qui finira vite au fond du tiroir.
Pierre Delort

POUR : 8 / 10

Le nouveau projet d’animation CGI tant attendu des studios Dreamworks déboule sur nos écrans pour célébrer les fêtes de fin d’année. Terminé les franchises ronronnantes et autres spin off des Shrek ou Kung Fu Panda, leurs bons et loyaux services seront à jamais gravés mais l’heure est au renouveau ! Un nouveau souffle qui se traduit par une maturité formelle et scénaristique initiée il y a 2 ans par un certain DRAGONS. Merveilleux film, audacieux dans son message et une réalisation à couper le souffle. Peut-être l’un de meilleurs long-métrage d’animation de ces dix dernières années.
Alors oui, avant que ce dernier ne devienne une licence exploitée jusqu’à l’os, on se délectera devant ces récents joyaux de plus en plus ambicieux et originaux. Avec Rise of the Guardians (Les cinq Légendes), le studio ne se contente pas de proposer une grande aventure familiale et extraordinaire, il emmène le médium encore un peu plus haut. Ici, le film conte les péripéties de Jack Frost (Chris Pine), personnage dont le mythe n’a jamais intéressé qui que ce soit jusqu’au jour où Le Père Noël (Alec Baldwin), le Lapin de Pâques (Hugh Jackman), la Fée des dents (Isla Fisher) et le Marchand de sable (muet) décident de le recruter pour faire face à Pitch Black (Jude Law), l’effrayant Croquemitaine, lui bien décidé à semer le trouble dans les rêves de nos bambins. A priori, rien de déterminant dans le choix de ce jeune intrépide manipulant les éléments hivernaux pour affronter cette sombre force chimérique et pourtant, en intégrant le bataillon il va en devenir le héros pivot…
Derrière cette trame simplette se cache un facteur essentiel convoquant la plus infime part de rêverie enfouie. Un souvenir insondable qui prend corps et trouve ici toute sa richesse visuelle par l’entremise de plusieurs tableaux formant un univers imaginaire assez génial. En nous plongeant dans ces mondes fantasmés, Peter Ramsey (story-boarder A.I ou Panic Room) propose une galerie de personnages parfois insolents au cœur de guimauve et prêts à tout pour défendre une innocence menacée. Parmis eux, on retiendra un « bad Santa » tatoué, assimilé à un ex-taulard et n’hésitant pas à faire usage d’armes blanches, un Lapin de Pâque guerrier et revanchard sans oublier notre Jack Frost, véritable tête brûlée et déterminé à s’imposer comme le nouveau référant…Les plus petits, eux s’enticheront des plus lisses Fée des dents ou le mutique Marchand de Sable finalement amusants. Et si tous ne bénéficient pas d’un design fou-fou (Pitch Black en tête), reste que le Roller-coaster 3D qui nous est offert est bourré d’inventivité. On en veut pour preuve presque toutes les scènes d’actions, les plus souvent aériennes, qui sont de vrais grands moments de cinéma. Et le réalisateur de faire de ce soulèvement des Légendes un film renversant. Mais si tout le mérite en revient au principal intéressé et ses artistes numériques, il n’est évidemment pas innocent d’en attribuer une grande part au cinéaste Guillermo Del Toro. Crédité en tant que producteur exécutif il trouve ici le plus bel écrin pour accoucher de ses plus grandes craintes mais aussi de ses plus beaux songes de chérubin.
Évitant tout cynisme lié au folklore de ce que chacun représente, cette fine équipe à laquelle il faut ajouter les talents de Roger Deakins (dir. photo de SKYFALL, ici consultant créatif), se réapproprient les mythes berceurs le temps d’un film pour toucher du doigt l’essence même du conte de Noël que l’on avait perdu de vu sur grand écran.
Thomas Camacho
[Pour revoir les news sur le film, cliquez ici]
Réalisé par Peter Ramsey (Avec Chris Pine, Alec Baldwin, Isla Fisher, Hugh Jackman, Jud Law). Long métrage Américain. Genre: Animation. Durée: 1h37. Année de production: 2012. Distributeur: Paramount Pictures. Sortie : 28 Novembre.

Images : © DreamWorks Animation

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