[Critique] ARGO de Ben Affleck (2012)

NOTE : 9 / 10

« Aide-moi à faire un faux film »
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Après l’excellent drame Gone Baby Gone (2007) et le polar très soigné The Town (2010), le réalisateur Ben Affleck grandit son cinéma et fait un saut dans le temps en nous renvoyant en 1979, en pleine crise Iranienne. Un épisode très particulier de l’histoire Américaine que le cinéaste met en lumière en convoquant le genre très précieux du film d’espionnage géopolitique des 70’s. Et c’est avec un fétichisme exemplaire qu’il se hisse avec humilité en gardien du temple de ce cinéma conscient de sa portée pédagogique.
Alors que l’accueil sur le sol Americain du Shah Mohammad Reza Pahlavi provoque la colère de Iraniens, l’ambassade Américaine est prise d’assaut par des activistes. 52 employés y seront retenus en otages tandis que 6 parviendront à s’échapper et trouveront refuge chez l’ambassadeur Canadien. Impossible pour eux de pouvoir sortir du pays, la CIA y envoie son expert en exfiltration Tony Mendez (Ben Affleck) qui, avec l’aide de deux pontes d’Hollywood, vont monter un faux repérages sur place pour un projet de film SF intitulé ARGO.
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Avec son sujet peu évident à transposer pour le grand public d’aujourd’hui, le réalisateur fait preuve d’une belle audace en consentant des choix dont il en ressort une sincérité et une véracité via un storytelling à la portée de tous. En posant avec une certaine distance la chronologie des décisions politiques qui ont mené à ces soulèvements, le cinéaste préfère ensuite se centrer sur un cadre bien défini et ces personnages, des héros de l’ombre qui essuieront la résultante d’une hiérarchie. Car si Argo vaut autant pour son introspection dans les murs de la CIA, c’est qu’il emprunte aussi bien tous les codes et l’esthétique surannée de ces fascinants brûlots verbeux des Pakula ou Sydney Pollack (Les Hommes du Président, les trois jours du Condor), tout en faisant monter la tension d’une opération d’espionnage menée dans l’urgence. En découle une dimension Cinéma qui passe au premier plan et dont Argo nous capte par la richesse de ses multiples enjeux. Surtout, Ben Affleck en profite pour agrémenter avec intelligence une double lecture où son postulat lui permet de régler ses comptes avec une industrie Hollywoodienne peu regardante sur le nivellement de son audience. Un tour de passe-passe dont il peut se venter de la grande qualité puisqu’on y retrouvera John Goodman et Alan Arkin (respectivement expert en maquillage et producteur, tous deux à l’initiative de la supercherie) se renvoyant de savoureuses lignes de dialogues offensives et directement adressées aux cols blancs des studios.
En revenant sur cette péripétie et en échappant à la prise de position pro US qui aurait pu être agaçante dans l’issue des faits, le cinéaste regarde dans le rétro et réalise ici l’une des plus belles mise en abyme du cinéma. Décrivant tour à tour une bureaucratie en roue libre, obsédée par le résultat et une réalité du terrain dont seuls les artisans de cette mission deviendront les plus grand techniciens du septième art, Argo leur rend le plus bel hommage. De ce fait le constat est évident, Ben Affleck est un fin gourmet.
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Réalisé par Ben Affleck (Avec Ben Affleck, John Goodman, Alan Arkin, Bryan Cranston, Kyle Chandler, Clea Duvall ). Long métrage Américain. Genre: Espionnage / Thriller / Drame . Durée: 1h59. Année de production: 2012. Distributeur: Warner Bros. Sortie : 7 Novembre

Images : © Warner Bros Pictures

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